Renforcer la pertinence et le rayonnement de l’opéra aux États-Unis :
Que peut-on apprendre de la France ?
L’acteur Timothée Chalamet a fait face à une vive controverse au début de l’année 2026 après avoir déclaré qu’il ne souhaiterait pas travailler dans l’opéra ou le ballet, affirmant que ces formes d’art tentent de survivre, « even though no one cares about [them] anymore. »
Malgré la controverse, les propos de Chalamet comportaient une part de vérité : aux États-Unis, l’opéra a eu du mal à attirer de nouveaux publics ces dernières années.
Or, cette réalité ne se manifeste pas de la même manière à travers les marchés.
Afin de mieux comprendre ces différences, Habo a comparé la consommation d’opéra en France et aux États-Unis, deux pays dont le paysage du secteur des arts de la scène est bien distinct.
En France, les arts et la culture occupent une place plus importante dans les habitudes de consommation d’activités de loisir et de divertissement. On remarque que l’attention des publics aux États-Unis se répartit au sein d’un éventail plus large d’offres de loisir et de divertissement.
Bien que l’opéra s’adresse à des segments de consommateurs plus ciblés dans les deux marchés, l’engagement du public est nettement plus élevé en France qu’aux États-Unis. Parmi les consommateurs de loisir et de divertissement, la fréquentation de l’opéra y est environ 50 % plus élevée qu’aux États-Unis ; 9 % des consommateurs de loisir et de divertissement en France ont assisté à une représentation d’opéra au cours des douze derniers mois, contre 5 % des consommateurs américains.
Cet écart se reflète également dans les taux d’occupation : en 2025, l’Opéra national de Paris a atteint une moyenne de 96 %, tandis que le Metropolitan Opera de New York a enregistré 72 % au cours de la saison 2024-2025.
Trois principaux facteurs contribuent à cette différence : la place de l’opéra dans le paysage culturel, l’accessibilité du coût d’entrée et l’exposition à cette forme d’art dès le plus jeune âge.
1. L’offre d’opéra est nettement plus présente en France, ce qui accroît sa visibilité et multiplie les occasions pour le public d’y prendre part.
L’opéra occupe une place plus importante dans le paysage culturel français qu’aux États-Unis. Cette différence se manifeste tant dans le nombre de représentations offertes que dans le niveau de densité des maisons d’opéra présentes sur le territoire.
Sur les cinq dernières années, la France a présenté environ 2,6 fois plus de représentations d’opéra par habitant que les États-Unis, offrant ainsi davantage d’occasions aux publics d’y être exposés. Elle compte également 2,1 fois plus de lieux par habitant ayant accueilli au moins 50 représentations d’opéra depuis 1996, signe d’une présence plus dense de lieux où l’opéra est régulièrement présenté. Cette offre plus abondante et mieux répartie contribue à ancrer davantage l’opéra dans le paysage culturel français et à le rapprocher des publics.
2. Des billets plus abordables en France rendent l’opéra plus accessible, réduisant ainsi les barrières à l’entrée.
Pour évaluer l’accessibilité de l’opéra dans les deux pays, Habo a comparé les prix réguliers des billets au Palais Garnier, à Paris, et au Metropolitan Opera, à New York, deux institutions phares de l’opéra en France et aux États-Unis.
Au Palais Garnier, les billets sont offerts à partir d’environ 17 €, contre 35 $ au Met. L’écart se retrouve aussi dans les catégories de prix les plus élevées : parmi les représentations à venir analysées, le billet le plus cher relevé au Met coûtait 56 % de plus que celui relevé au Palais Garnier. Ces écarts de prix suggèrent que le coût représente un frein moins important à la fréquentation de l’opéra en France, ce qui pourrait contribuer à attirer de nouveaux publics.
3. Les maisons d’opéra en France accordent une importance particulière aux familles, favorisant ainsi le développement des publics de demain dès le jeune âge.
À la fois en France et aux États-Unis, de nombreuses maisons d’opéra investissent déjà dans des initiatives destinées à attirer les jeunes publics, notamment grâce à des billets à prix réduit pour les étudiants et les jeunes adultes, des productions contemporaines et des programmes de développement des publics.
Les recherches de Habo montrent toutefois que l’engagement culturel à long terme se construit souvent bien plus tôt dans la vie, faisant de l’enfance une étape déterminante dans le développement d’une relation durable avec la culture. La France semble accorder une importance particulière à cette étape du développement des publics : de nombreuses offres ciblent les familles et introduisent les enfants dès leur jeune âge. Des institutions comme le Palais Garnier et l’Opéra Bastille proposent des programmes familiaux à tarifs fortement réduits, encourageant les parents à assister aux représentations avec leurs enfants.
Cette approche révèle une orientation stratégique plus large : plutôt que de concentrer leurs efforts principalement sur les jeunes publics, ces initiatives visent à familiariser les enfants avec l’opéra avant que leurs habitudes culturelles ne se forment, contribuant ainsi à développer les publics de demain.
La France comme les États-Unis investissent dans des productions contemporaines, des initiatives numériques et des programmes destinés aux jeunes publics. Toutefois, l’analyse de Habo suggère que l’engagement envers l’opéra est influencé par plusieurs facteurs et que seuls les efforts de modernisation ne suffisent pas.

Bien que la vision pessimiste de Timothée Chalamet quant à l’avenir de l’opéra reflète certaines dynamiques actuelles, les obstacles à un engagement plus large ne devraient pas être attribués à un manque général d’intérêt. Ils découlent plutôt de la manière dont l’opéra est présenté aux publics actuels et potentiels.
Afin que les maisons et compagnies d’opéra puissent élargir leur public aux États-Unis, elles peuvent adopter des stratégies similaires à celles mises en œuvre en France. En développant des initiatives offrant une plus grande disponibilité, réduisant les obstacles financiers et favorisant davantage les occasions de découverte précoce, l’opéra peut devenir plus propice à la découverte, plus abordable et plus susceptible de s’intégrer aux habitudes culturelles à long terme.